De Molière
Mise en scène : Bérangère Jannelle
Une version ébouriffante et ancrée dans le monde d’aujourd’hui de cette pièce du répertoire.
AMPHITRYON
de Molière
De la légende thébaine d’Amphitryon et de Sosie, Molière a signé une pièce construite sur le contraste entre les dieux et le commun des humains, analysant avec finesse le thème de l’imposture. Celle-ci se noue autour d’une intrigue amoureuse tissée par le mensonge mis en œuvre par les dieux Jupiter et Mercure empruntant respectivement les formes d’Amphitryon et de son valet Sosie afin de séduire Alcmène, la jeune épouse d’Amphitryon...
Bérangère Jannelle se saisit à son tour du mythe interprété par Molière, pour donner vie à un spectacle qui parle avec poésie des enjeux du monde contemporain. Dans cette pièce alors crée au château de Versailles, le public de l’époque reconnaissait immédiatement le Roi Soleil sous Jupiter. Avec cet Amphitryon, la jeune metteur en scène met aujourd’hui en lumière les équivoques entre un pouvoir qui joue d’images trompeuses (en usant de nouvelles technologies) et le désir fantasmatique d’être une icône, de vouloir être un « petit dieu ». Cette problématique politique, sociétale, propre à l’esprit de Molière se tisse avec une force poétique inégalée (alexandrins, décasyllabes, octosyllabes) avec l’histoire intime d’une supposée trahison amoureuse et de la jalousie maladive de celui qui craint d’être trompé.
La pièce se joue dans une étrange boîte en chausse-trappe, laquelle dessine un espace architectural à la fois familier parce qu’il suggère un habitat, et étrange parce qu’il se joue des transparences et des troubles de la perception… Espace ludique au service des acteurs : ces derniers la surmontent, la traversent, l’encerclent dans un jeu très physique. Parlant du mensonge, ce spectacle parle aussi du travestissement qui donne corps au dédoublement : les acteurs sont costumés et maquillés dans un univers aux couleurs acides qui nous renvoie à aujourd’hui sans pour autant s’enfermer dans l’illustration figurative d’une époque. Ainsi vont l’imaginaire et le rêve. Et le jeu du je qui joue à un autre et fait ainsi œuvre de théâtre…
Du XVIIème siècle au XXIème siècle s’opère ainsi, avec la mise en scène de Bérangère Jannelle qui prend vie avec la troupe de ses huit comédiens, un relais particulièrement éclairant autour d’un théâtre qui n’avait pas peur de parler de politique et de société, en souriant au monde de façon impertinente et toute poétique.
Je voudrais faire un spectacle sur le théâtre. C’est-à-dire sur la
seule fabrique de représentation capable de faire apparaître le vrai sous le faux, le corps sous le costume et le visage sous le masque.
Je voudrais faire un spectacle qui dénonce l’illusion des images, de la représentation parce qu’elle en joue comme théâtre mais jamais comme pouvoir.
Des hommes dépossédés de leur identité par des dieux qui veulent séduire leurs femmes et les persécutent.
Voilà l’histoire que Molière raconte : Amphitryon et Alcmène viennent à peine de se marier. Jupiter, le plus grand des dieux du Capitole, veut séduire Alcmène. Pour cela, il change de costume comme il le fait souvent, et emprunte l’apparence d’Amphitryon. Il est aidé de son fils, Mercure, le dieu du commerce et de tous les trafics, qui se transforme en Sosie, le valet d’Amphitryon.
Dans une nuit qui s’étire artificiellement, ils pénètrent dans l’appartement d’Alcmène.
Là, jouant de son apparence truquée, Jupiter trompe l’amour d’Alcmène et lui vole le désir qu’elle croit partager avec Amphitryon.
Mais Amphitryon et Sosie rentrent à leur tour dans cette nuit folle où nul ne se reconnaît, où tous se confondent. Dans cette nuit des sosies manipulés par les dieux et des dieux fantasmés par les hommes. De l’amour mis à mal et de la mort aux trousses.
C’est l’engrenage. Et la mécanique théâtrale des faux-semblants devient vite infernale.
Amphitryon joue de la violence à la fois sourde et délirante qui se déploie quand on use du pouvoir de faire croire aux autres qu’ils sont ce que nous sommes et désirent ce que nous désirons. Alors personne n’est plus personne : Est-ce songe, ivrognerie, galimatias maudit ? C’est la fascination et l’horreur d’une telle imposture qu’Amphitryon met en jeu.
J’y vois quant à moi la mise en scène qui confine au vertige d’une société qui tend des miroirs truqués au désir fantasmatique d’être une icône : Jeu des miroirs, Jeu des pouvoirs, dans lequel le moi s’égare. A ce jeu là tout le monde est trompé, trahi, cocu.
Et pourtant, seuls les désirs d’amour sont vrais et il est vrai que les hommes s’aiment parfois. Comme Alcmène aime Amphitryon et comme
Amphitryon aime Alcmène. Et il n’y a qu’au théâtre que l’on peut prendre, sans danger de mort, ses fantasmes pour des réalités. Alors seulement on peut prendre des projecteurs pour des lanternes. Et là, dans cette lumière blanche dans laquelle « on joue pour de vrai », l’humanité fardée et cynique finit toujours par apparaître dans sa vérité toute nue, veule et amoureuse à en mourir, soumise et en quête de pouvoir, telle qu’elle est.
C’est du théâtre que l’on a besoin pour voir au fond des images.
On dit souvent, que malgré la règle des trois unités, Amphitryon est finalement une pièce baroque. C’est vrai.
La didascalie initiale dit que la pièce se passe « devant la maison d’Amphitryon ». Mais cette maison est fantasmatique. Le vrai Amphitryon et le vrai Sosie ne peuvent jamais y pénétrer. Ils s’agitent et se cognent la tête contre la paroi de cette « maison close », de cette maison « sépulturale » hanté par le théâtre érotique de Jupiter. A l’intérieur sont
les sosies, les fantômes, les fantasmes donc.
Ainsi, nous avons une étrange boîte (escape-box) qui dessine un espace à la fois très physique et très architectonique. Plexiglas transparent et bois aux couleurs acides.
Espace à la fois familier parce qu’il suggère une maison et futuriste parce qu’il dessine comme une plateforme sur orbite. Un espace à la Moebius au fond, ludique et bizarre à la fois.
A l’intérieur, des trappes d’abord données comme aveugles s’ouvriront et se refermeront pour que l’on puisse se glisser, pénétrer, s’extraire, tenter de percer les secrets.
D’un côté, il y a la face réfléchissante de cette « maison-night », à la fois attractive et inquiétante. celle-ci pivotera sous l’action mécanique des acteurs pour faire apparaître le « dedans » ou le « dessus » ou le « dessous » de scènes, développés dans différents espaces de jeu. Tout en miroir, toute en chausse-trappe. Tout en espace de projection.
Ainsi, l’image fantasmée, l’image dédoublée sera parfois projetée au sens propre sur ces différentes parois venant tendre encore plus la relation entre le pouvoir immédiat, vif, du théâtre spontané et le théâtre médiatisé et aveuglant du pouvoir. C’est de cette façon que nous donnerons à voir le pouvoir conféré à la « machine ».
Enfin, ces différents niveaux de scènes sans cesse investis par le jeu permettront à l’acteur d’être au centre l’artisan d’une mécanique d’action en marche, le machiniste ultime de tout de ce manège.
Amphitryon parle de travestissement. Les acteurs seront costumés et maquillés. Pas « naturels ». Les costumes exprimeront le désir de représentation. La vision bigarrée que j’en ai aujourd’hui croise le petit apparat des hommes politiques et celui des maquereaux : costumes officiels chics et moins chics, chaussures pointues et brillantine. Entre David Lynch et Stanley Kubrick, je pense aux couleurs, au style futuriste, à « l’étrange familiarité » qu’il y a dans le fantastique à l’oeuvre du quotidien.
Les deux capitaines, qui surgissent comme un ultime duo gémellaire à la fin de la représentation, paraîtront sortis de la tête folle d’Amphitryon. _ Dans le rêve d’une mort imaginaire qui est celle d’Amphitryon, ils auront l’allure de fossoyeurs en combinaison blanche, portant masque blanc. dernière lubie des fous.
Au milieu de tous ces personnages, Alcmène sans double apparié. Le désir même.
L’astre doré. Entièrement offerte. Entièrement sincère. Sensuelle ?
Absolument.
Amoureuse ? Complètement. Et courtisane ? Sans doute aussi un peu.
Enfin, Amphitryon est la pièce des sosies et toute ressemblance entre les acteurs sera ici factice. Ainsi, elle n’existera que dans le costume, la contrefaçon, le décalage.
Pourquoi ? Parce que justement, la ressemblance n’est qu’apparente. _ L’imposture n’a rien de réelle, c’est une question de croyance, de théâtre.
Amphitryon est un sextet pour dieux, maîtres et valets. Aimants/mal-aimants et aimés/mal-aimés. Auquel s’ajoute un duo à nouveau gémellaire, à nouveau surréaliste, dans le mouvement final.
Jupiter est le maître du Capitole qui a absorbé toutes les autres divinités romaines. Il a imposé sa représentation, son effigie, dans l’ensemble de l’Empire romain. Comment sait-on que c’est vraiment un dieu ? Il n’a jamais l’air fatigué parce qu’il est toujours jeune et actif et qu’il voyage en hélicoptère. Ses désirs ne supportent aucune frustration. Il apparaît et disparaît comme il veut. Il mène l’action et ne crée que des illusions. C’est pourquoi, c’est vraiment un acteur-metteur en scène.
Mercure, au service de Jupiter, râle au début de la pièce. Il voudrait lui aussi aller en hélicoptère mais c’est le lot des porte-serviettes et des sbires (même chez les dieux) que d’aller à pied même si ses chaussures sont aérodynamiques. C’est lui qui est chargé des négociations. Maquereau, Il sert aussi les trafics amoureux de Jupiter, mais il n’en tire
pas de bénéfice direct. C’est pourquoi il cogne assez souvent et humilie pour se divertir.
Amphitryon est un général thébain de bonne famille. C’est le maître de la maison dans laquelle il n’a pas le droit d’entrer. Il veut ressembler à Jupiter, mais il n’a pas son sens politique, son charisme, sa force de séduction. Aussi c’est un « petit dieu ». Il n’a connu que les actions sur le terrain au service des dieux. Il connaît la terre, pas les airs.
Mais il connaît l’amour qui le fait parler comme une brute ou comme un enfant et pas la galanterie. Il connaît l’amour qui le fait marcher pendant des heures pour rejoindre Alcmène avant l’aube. Il connaît l’amour qui rend sa tête folle de jalousie. Amphitryon transpire comme une bête quand elle se débat et sa cravate lui scie le cou et sa chemise lui colle à la peau et il crie. Amoureux fou, comme seul un homme peut l’être.
Et terriblement seul. Il est l’acteur-spectateur de ce qui lui arrive.
Sosie est aussi un serviteur, celui d’Amphitryon. Il est d’abord révolté contre le pouvoir mais il sait bien qu’il en tire certains avantages. A ce titre, il ressemble sous cet aspect à Mercure. Mais Mercure a ce que Sosie voudrait avoir, c’est-à-dire le pouvoir d’être un vrai dur et Sosie, lui, connaît la peur parce qu’il sait qu’il est mortel. Il est aussi le seul à
accepter d’avoir plusieurs moi. C’est pourquoi, il pourrait jouer tous les rôles.
Sosie a une femme, c’est Cléanthis, qui est aussi la servante d’Alcmène. Cléanthis voudrait aimer Sosie et être aimé comme Alcmène et Amphitryon s’aiment mais l’amour s’est usé, comme s’use parfois un vieux couple de jeunes gens. Quand on s’en aperçoit, on a peur, on ment un peu, on crie beaucoup, on dit du mal. Puis on recolle les coeurs cassés. Mais l’amour ne se répare pas comme ça.
Alcmène est une énigme dans cette pièce. Elle aime Amphitryon et ne sent pas que la peau qu’elle touche est celle de Jupiter. Coupable malgré elle ? Ignorante de ses fantasmes ? Molière ne la fait pas assister au dénouement et elle ne saura donc jamais rien de son adultère. Est-ce que Molière l’épargne ? Je crois que oui car Alcmène
devient folle. Parce qu’elle aime et qu’elle sent le viol, la jalousie et la tromperie. Parce qu’elle est l’objet d’un désir illicite et d’un amour qu’Amphitryon lui renie. Seules les bêtes sont ignorantes et les êtres vraiment purs n’existent pas. C’est pourquoi, dans mon Amphitryon, Alcmène jouera aussi le rôle de la nuit entremetteuse en petite fourrure
blanche et bas résille.
Amphitryon est une pièce qui joue d’emprunts. Reprise de la pièce de Plaute qui s’inspire des légendes thébaines et plus récemment (au XVIIème siècle) des Sosies de Rotrou, elle cite à répétition Molière lui-même. Et Corneille. C’est pourquoi on touche à la tragédie sans perdre l’ironie mordante de la comédie. Beaucoup de dramaturges ont même pensé que Corneille était le véritable auteur d’Amphitryon sous le masque de Molière. Peu importe. Là où il y a théâtre, il y a toujours un peu d’escroquerie et c’est joyeux de penser que les pièces s’écrivaient à plusieurs mains, que Molière connaissait Descartes, que les troupes italiennes fondèrent les genres comiques du XVIIème siècle français et que l’échange était incessant entre les arts, les philosophes, les pays.
Enfin, Molière brouille les genres en écrivant en vers irréguliers, sautant ainsi à un rythme soutenu des alexandrins (lyriques ou tragiques), aux octosyllabes (du fabliau), aux décasyllabes (de la poésie épique), aux heptasyllabes (souvent prosaïques), prêt à toutes les variations sans perdre le rythme imposé par la commedia. Ce qui donne ce rythme alerte et parfois même haletant à cette pièce en spirale.
L’Amphitryon de Molière est donc bien une pièce composite et magiquement construite. J’ai ainsi choisi la version de Molière justement parce qu’elle flirte avec la comédie et la tragédie, la satire de la tragédie qui est le mélo et le drame philosophique. Il y a là ce tissage entre le politique, l’intime et le théâtre qui anime chaque fois ma volonté de mettre en scène. Dans une écriture où palpite le théâtre au service du vivant. C’est pour cette énergie vive et première que j’ai choisi la pièce de Molière.
BERANGERE JANNELLE, metteur en scène
Née à Paris en 1977, je commence à faire du théâtre, dans la cour du Lycée. Je rencontre Gilberte Tsaï, Michel Deutsch, Valère Novarina qui interviennent dans les ateliers.
Plus tard, j’entre en hypokhâgne et en khâgne. Je fais mes classes. Je commence mes humanités.
Je fais de la philosophie, Je vais au théâtre découvrir les auteurs que je n’étudie pas.
A partir de 1998, j’entre sur les plateaux de théâtre comme dans les ateliers des peintres. Je frappe à la porte et j’apprends dans les salles. Je deviens assistante à la mise en scène de metteurs en scène internationaux comme Stéphane Braunschweig, Carlo Cecchi, Eric Vigner et Arthur Nauzyciel.
Grâce à Marcel Bozonnet, je noue avec Klaus Michael Grüber des liens artistiques et humains déterminants pour moi. Je travaille en France et en Italie. J’apprends des langues : l’anglais, l’italien, l’allemand, le portugais, l’espagnol.
A partir de ces collaborations artistiques, je commence à réunir une équipe d’acteurs et de collaborateurs artistiques rencontrés au Conservatoire National Supérieur d’art dramatique à Paris, au Teatro Garibaldi à Palerme, et lors des spectacles en France et à l’étranger.
Comment, à l’endroit du sensible, le théâtre articule l’individu et le citoyen ? Comment le théâtre qui explore la mémoire désordonnée des corps, des langues, des territoires intimes et collectifs, bouleverse
les représentations préétablies que l’on a de soi et de l’autre, et agite ainsi la vie publique ?
Voilà les questions poétiques et politiques qui guident mon parcours théâtral fondé sur la transmission aux formes de représentation variées de textes poétiques puissants d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs : Boccacio, Deföe, Sophocle, Corneille, Pasolini et maintenant Molière.
D’une part de telles préoccupations m’amènent à dépasser les frontières et créer autour de mon travail des liens forts entre la France et l’étranger (notamment l’Italie et le Brésil), favorisant la circulation d’interprètes d’un pays à l’autre. Ainsi, le Décaméron (2001) créé en Italie et en France avec une troupe bilingue. En parallèle, je mène un travail de recherche durant deux ans avec des jeunes acteurs brésiliens à Sao Paulo sur L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, O Adversario (2002) en portugais.
D’autre part, désireuse de confronter mon processus de création aux « territoires du réel », j’alterne les spectacles en salle (Décaméron, Robinson, Voyage au pays de nulle part d’après Defoe, Ajax de Sophocle, Amor ! ou les Cid de Corneille) et les ateliers de création hors-les-murs, sur des territoires souvent emprunts de problématiques sociales et politiques fortes. Par exemple à Forbach, à l’invitation de la scène nationale, je réinvestis un ancien carreau de mines en travaillant avec des jeunes actrices de différents pays. Cela devient Les Antigones.
Ces expériences d’immersion sur un territoire m’ont permises de renouveler significativement la mise en jeu de l’autre et de réinventer des formes narratives, provoquant ainsi l’association d’un travail filmique à mon travail théâtral. Ainsi, après Les Antigones, la réalisation autour de Pylade de Pasolini d’un premier long métrage Sans-Terre avec un groupe de théâtre de paysans sans terre brésiliens, vient confirmer clairement le lien très fort entre écriture théâtrale et écriture filmique.
Ces travaux réalisés in situ ont nourri dès lors tous mes projets de création fédérateurs : Robinson, Voyage au pays de nulle part (2003) qui était comme le double inversé du Décaméron et se jouait dans une salle de théâtre en proie au naufrage (guindes, rideaux renversés…) où Robinson cherchait un territoire vivable. Ajax (2005) qui se jouait, dans un espace très nu et très matiéré, sur une lande de terre brûlante, qui renvoyait à la frontière, au no man’s land, et dessinait en même temps un lieu de rencontres et un horizon, au-delà des violences guerrières. Centré sur la mise à l’épreuve d’une parole qui s’exposait « à nu », les acteurs cherchaient un rapport direct avec le public.
La même année, sur la proposition de Dominique Goudal (directrice du Théâtre Brétigny - Scène conventionnée du Val d’Orge) pour le festival Dedans-Dehors, j’explore une autre forme théâtrale à mettre dans les bagages de la Compagnie en écrivant moi-même Une soirée chez les Fox (2006) : projet autour des « Esprits » philosophiques, politiques, scientifiques, amours secrets, perdus, qu’on ne convoque que sur les plateaux de théâtre et dans les séances de spiritisme. A jouer dans les parcs, les forêts, les châteaux et autres lieux de veillées insolites.
Avec Amor ! ou les Cid de Corneille (2007), je poursuis le travail sur la tragédie, autrement. Il s’agit cette fois d’une tragi-comédie classique. _ A travers cette thématique de la reconstruction, je m’empare de cette pièce anti-académique pour aller vers un théâtre qui s’invente librement et joyeusement en transgressant les règles des pères pour créer les conditions d’un monde nouveau où une nouvelle génération trouve le chemin de ses propres désirs. Amor ! ou les Cid de Corneille était un projet « dansé » à ma façon, dans lequel la troupe jouait à plein.
Avec Amphitryon, je poursuivrai cette veine en plongeant cette fois dans la comédie philosophique et sociale pour développer les rapports entre pouvoir et désir, entre pouvoir à nu du théâtre et théâtre déréalisant du pouvoir.
Portée par des textes à la rencontre des territoires politiques et intimes. Avec le goût renouvelé de l’aventure collective, réunissant scénographe, costumier, éclairagiste, créateur son, chorégraphe autour des acteurs, je veux tenter un théâtre engagé dans notre siècle. A l’écoute des bruits du monde.
A fleur de nos peaux.
Parallèlement, développant un goût prononcé pour la musique que j’ai étudié longtemps, je poursuis un travail de mise en scène lyrique et crée la Périchole d’Offenbach en Janvier 2009 à l’Opéra de Lille.
STEPHANE PAUVRET, scénographe
Originaire de l’Est de la France j’ai suivi une double formation à l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg puis à l’École d’Architecture de Nantes en troisième cycle de scénologie. Je fais partie d’une génération dont le travail est marqué par l’échange permanent avec d’autres artistes : metteurs en scène, chorégraphes, plasticiens…
En 1998, je débute comme scénographe à Strasbourg : pour de nombreuses compagnies régionales de théâtre, le festival Musica de musiques contemporaines, et la chaîne culturelle Arte.
Collaborateur régulier au théâtre Le Maillon de Strasbourg, je développe une maîtrise technique de la scène et rencontre le metteur en scène Roméo Castellucci que j’assiste en Italie pendant l’hiver 1999, pour la création de « Genesi ». Le même théâtre m’invite à collaborer avec Bérangère Jannelle, jeune metteur en scène, avec qui j’entame une longue complicité artistique : le « Décaméron », spectacle déambulatoire inscrit fortement dans chaque ville, m’emporte dans son sillon jusqu’à Paris, puis s’enchaînent « Robinson » en 2001, « O adversario » adaptation théâtrale de « L’Adversaire » d’Emmanuel Carrère qui nous conduira à plusieurs reprises au Brésil en 2002, 2003 et 2006.
Dans un même temps, soucieux de développer un travail d’artiste plasticien, je suis reçu au réputé Postdiplôme de l’École des Beaux-Arts de Nantes, déménage ainsi encore plus à l’ouest, et conçoit un nouveau design d’éclairage pour le Lieu Unique, scène nationale de Nantes. Soutenu pour l’ensemble de mon travail, je reçois en 2004 le Prix des Arts-plastiques de la ville de Nantes.
Depuis je m’implique dans des pratiques multiples comme scénographe, vidéaste, programmateur de films au cinéma, photographe, avec un usage constant de techniques et réflexions empruntées à l’expérience de la scène. Jusqu’à la dernière réalisation avec Bérangère Jannelle d’un film documentaire long-métrage, « Sans-terre », tourné dans l’état de Sao Paolo avec une troupe de théâtre.
Début 2008 je présente ma première exposition personnelle au Frac des Pays de la Loire, suivie d’une publication monographique.
Mes scénographies les plus récentes sont pour Bérangère Jannelle : « Une soirée chez les Fox » en 2006 au théâtre de Brétigny, « Amor ou les cid de Corneille » au théâtre de l’Ouest Parisien en 2007, La Périchole à l’Opéra de Lille. Pour Éléonore Weber : « Tu supposes un coin d’herbe », à Rennes au Festival Mettre en scène 2005, « Rendre une vie vivable n’a rien d’une question vaine » pour le Festival d’Avignon 2007. Pour Hela Fattoumi et Eric Lamoureux : « Milles départs de muscles » au Centre
Chorégraphique National de Caen en 2007. Et pour le Life à Saint Nazaire, une collaboration régulière avec Christophe Wavelet.
CHRISTIAN DUBET, créateur lumière
Né en 1973, je vis sur l’île d’Ouessant. J’ai grandi au pied du phare du Créac’h où mon père était maître de phare et j’ai moi-même pratiqué le métier de gardien de phare avant d’éclairer les scènes de théâtre, de danse… Depuis 1994, j’enchaîne les créations lumière dans de multiples domaines.
En danse contemporaine, je réalise notamment les lumières de François Verret depuis 1994 et travaille aussi avec Francesca Lattuada ainsi que sur des formes intermédiaires autour des arts du cirque avec le Centre National des Arts du Cirque à Chalons et le Centre Régional des arts du Cirque de Cherbourg, et des artistes comme Mathurin Bolze, Chloé Moglia et Mélissa Von Vépy, Abdel et Mahmoud, Thierry André ainsi que le cirque Cahin-caha.
Au théâtre, je collabore avec des metteurs en scène comme Jean-Pierre Larroche, Jean-Yves Ruf, Nicolas Klotz, Marc François, Robert Cantarella, Bérangère Jannelle, Pierre Meunier… mais aussi à l’opéra avec Olivier Py.
Dans le domaine de la musique contemporaine, je croise les projets de compositeurs comme Gualtiero Dazzi, Cécile Le Prado, Alain Mahé, Jean-Pierre Drouet et éclaire un certain nombre de concerts de Fred Frith, Louis Sclavis, Florent Jodelet, l’ensemble Ars Nova.
Hormis le spectacle vivant, je réalise aussi un certain nombre d’installations, seul ou associé à des artistes plasticiens (Claudia Triozzi, Béatrice Carraciollo…) tout en éclairant plusieurs expositions (Château de la Roche Jagu, Parc d’Armorique…).
En 2003 je mets au point avec le plasticien belge Vincent Fortemps un procédé permettant la création d’images animées en temps réel, « la Cinémécanique ». Ensemble associés au compositeur Alain Mahé et au vidéaste Gaétan Besnard, nous créons en 2004 une compagnie du même nom, exploitons et développons ce dispositif original.
Je me définis comme un « artisan de la lumière » que j’essaie de façonner au service artistique des projets que j’éclaire - afin d’approcher « la lumière juste ». Cette démarche signe mon travail d’un
certain nombre de particularités comme l’utilisation fréquente de sources non conventionnelles aux arts de la scène ainsi que l’invention de procédés d’éclairages.
Mise en scène : Bérangère Jannelle
Scénographie : Stéphane Pauvret
Lumière : Christian Dubet
Son : Jean-Damien Ratel
Costumes : Laurence Chalou
Avec Olivier Balazuc, Audrey Bonnet, Luciana Botelho, Anne Bouvier, Arnaud Churin, David Maisse, Maxime Mikolajczac, Ismaël Ruggiero
Production déléguée La Ricotta – Cie de Bérangère Jannelle, TnBA - Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
Coproduction Espace Malraux - scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Comédie de Reims – centre dramatique national, Théâtre de la Ville - Paris, L’Arc - scène nationale du Creusot, Equinoxe – Scène Nationale de Châteauroux, Centre dramatique régional de Haute-Normandie - Théâtre des deux rives, Théâtre Brétigny - Scène conventionnée du Val d’Orge
Durée approximative 1h45 sans entracte
Spectacle conseillé à partir de 14 ans